Cap réglementaire franchi outre-Manche. Le jeudi 30 avril 2026, la Financial Conduct Authority (FCA), régulateur des marchés financiers britanniques, a publié sa policy statement PS26/7 sur la tokenisation des fonds. Le texte tranche en faveur d’une intégration au régime des fonds autorisés existant, plutôt que de créer un environnement réglementaire séparé. Avec 16 500 milliards de livres sous gestion et environ 2 600 sociétés d’asset management actives sur son sol, le Royaume-Uni dispose d’un terrain de déploiement massif.
Le modèle Blueprint passe du pilote au droit commun
Au centre du dispositif, le modèle Blueprint, déjà éprouvé en pratique : la FCA avait autorisé le premier OPCVM (organisme de placement collectif en valeurs mobilières, équivalent britannique des UCITS européens) entièrement tokenisé sous ce cadre dès janvier 2025. PS26/7 confirme désormais que les registres on-chain peuvent tenir lieu de livre principal pour les transactions d’unités de fonds, sans imposer le maintien d’un double off-chain complet. Une condition technique l’encadre : disposer de « plans de résilience appropriés » pour la continuité et l’intégrité des données.
Les fonds autorisés peuvent ainsi tenir leur registre sur des réseaux DLT (distributed ledger technology, la technologie des registres distribués sur laquelle reposent blockchains publiques et privées) à condition que les contrôles satisfassent les exigences du régulateur. Garde-fou non négociable du dispositif : les Authorised Fund Managers conservent l’autorité de modifier unilatéralement le registre, indispensable pour corriger des erreurs ou exécuter une décision de justice.
D2F, le vrai geste structurel de PS26/7
L’innovation la plus marquante du document n’est pas la tokenisation en tant que telle, mais le modèle Direct-to-Fund (D2F). Dans cette architecture optionnelle, le fonds ou son dépositaire devient la contrepartie directe des transactions de l’investisseur, court-circuitant le gestionnaire historiquement positionné en intermédiaire. Les unités sont émises ou annulées en une seule étape, contre un flux de cash (dont on rappellera qu’il transite encore par les rails bancaires conventionnels, en attendant la généralisation du digital cash) circulant directement entre l’investisseur et le fonds.
Détail clé : le D2F s’applique aussi bien aux fonds traditionnels qu’aux fonds tokenisés. La FCA pousse donc une réforme opérationnelle plus large, dont la tokenisation devient une modalité parmi d’autres.
L’industrie répond : feu vert pour les blockchains publiques
L’Investment Association a accueilli favorablement le texte. John Allan, directeur de l’innovation et des opérations de l’organisation professionnelle, retient surtout la « confiance autour des modèles de chaînes publiques lorsque les bons contrôles sont en place ». Autrement dit, la FCA n’oblige pas les gestionnaires à se replier sur des blockchains privées de complaisance.
Simon Walls, directeur exécutif des marchés à la FCA, a justifié le calibrage du texte : « Nous avons cherché à livrer ce que le marché demandait : un cadre clair et pratique, qui donne confiance dans la manière dont la tokenisation des fonds peut opérer dans nos règles, aujourd’hui comme demain. »
Une roadmap, pas un coup de communication isolé
PS26/7 s’inscrit dans la roadmap des actifs numériques que la FCA avait annoncée dans sa lettre au Premier ministre britannique en janvier 2025. Le régulateur poursuit en parallèle ses travaux sur les stablecoins, la custody et le staking, et a ouvert le 30 avril une nouvelle consultation sur les modèles de tokenisation futurs, avec des réponses attendues avant le 3 juin 2026.
Le pari britannique se précise : faire entrer la blockchain dans l’enceinte réglementée plutôt que de la laisser prospérer dans un sandbox parallèle. Une stratégie d’inclusion sous contrôle, à rebours de l’approche segmentée du règlement européen MiCA, où les actifs numériques évoluent dans leur propre couloir réglementaire. Reste à voir si l’asset management britannique saisira l’opportunité, ou laissera le cadre prendre la poussière.